Fare della necessità una virtù
De nombreux professeur∙e∙s de musique trouvent que les cours de leurs élèves sont trop courts et qu’ils/elles doivent entasser trop de cours dans des créneaux horaires trop restreints. Or, les moyens financiers font défaut pour proposer des cours plus longs, et pour des raisons d’organisation, le créneau horaire consacré à l’enseignement musical reste relativement court.
Fare della necessità una virtù
De nombreux professeur∙e∙s de musique trouvent que les cours de leurs élèves sont trop courts et qu’ils/elles doivent entasser trop de cours dans des créneaux horaires trop restreints. Or, les moyens financiers font défaut pour proposer des cours plus longs, et pour des raisons d’organisation, le créneau horaire consacré à l’enseignement musical reste relativement court.
Marianne Wälchli La solution à ces problèmes pourrait consister à faire de nécessité vertu et à trouver des formules pédagogiques permettant aux élèves de passer plus de temps à l’école de musique sans que les professeur∙e∙s aient à enseigner plus longtemps, ce qui n’est pas envisageable pour des raisons de coûts. Il faudrait donc cesser de considérer les cours individuels comme la seule et unique forme d’enseignement valable. Les cours d’ensemble constituent certes un bon complément aux cours individuels, mais ils n’ont de sens que si les membres de l’ensemble possèdent déjà un certain niveau. Et dans les cours collectifs, le risque existe que certains élèves soient surmenés ou sous-stimulés. Comment donc créer, sans coûts supplémentaires, un cadre d’apprentissage offrant davantage de temps de présence, dans lequel les élèves peuvent s’épanouir pleinement, acquérir des connaissances durables et être encouragés à s’exercer efficacement ?
Je parle avec trois collègues qui étaient en avance sur leur temps, puisqu’ils/elles ont exploré de nouvelles voies en matière de pédagogie musicale il y a déjà plusieurs années.
MultiDimensionaler Instrumentalunterricht
Gerhard Wolters est bien connu dans l’espace germanophone, car beaucoup ont déjà suivi chez lui une formation continue en MDU®. Et même si tous ne trouvent pas que sa méthode soit applicable dans leur école de musique, je souhaite me faire ma propre idée et je le rencontre pour un entretien à son Académie pour l’innovation musicale à Langnau, dans l’Emmental.
MW : Cher Gerhard, merci beaucoup de prendre le temps de me présenter ta méthode. C’est quoi, le MDU ?
Gerhard Wolters : Le MDU consiste en un enseignement orienté vers l’élève, qu’il ne faut toutefois pas confondre avec un enseignement centré sur l’élève. Dans un enseignement orienté vers l’élève, l’enseignant∙e∙ est toujours à l’écoute des besoins de l’élève, mais il /elle ne le laisse pas décider de tout, car il dispose d’une avance en termes de connaissances et d’expérience ; il lui donne plutôt des conseils qui garantissent que l’objectif visé pourra bien être atteint. Il est important que l’élève ne reçoive un enseignement de la part de l’enseignant∙e que lorsqu’il en a réellement besoin, c’est-à-dire lorsqu’il apprend quelque chose de nouveau ou lorsqu’il souhaite clarifier un point. Dès que ce stade est atteint, l’élève n’a plus qu’à s’exercer sur ce qu’il a compris. Pour cela, il n’a pas besoin d’enseignant∙e. Il n’en a à nouveau besoin que lorsqu’une question se pose ou lorsqu’il s’agit de s’exercer à titre d’exemple. Nous utilisons pour cela un système de code couleur : le rouge signifie que l’élève a besoin d’une intervention de l’enseignant∙e, le jaune que l’élève a compris et le vert que l’élève maîtrise le morceau ou une séquence de celui-ci, et que l’enseignant∙e n’a plus qu’à écouter et apprécier. Il est important que, lorsqu’il est au stade « jaune », l’élève puisse s’exercer sans être dérangé, sans que l’enseignant∙e se tienne à côté de lui pour faire des commentaires.
C’est pour cela qu’il faut plusieurs salles pour cette forme d’enseignement ?Ce n’est certainement pas encore le cas pour la première étape : il s’agit d’abord, en tant qu’enseignant·e, d’entraîner les élèves à s’orienter à l’aide de méthodes claires. Par la suite, un cadre organisationnel élargi s’avère très avantageux, notamment lorsque, dans l’idéal, plusieurs personnes viennent s’ajouter : des élèves d’âges et de niveaux différents, voire d’autres enseignant·e·s. Les élèves avancés apprennent en montrant aux débutants comment faire. Ou bien ils se rendent compte qu’ils ne parviennent pas si facilement à jouer un morceau qui se situe en réalité un niveau en dessous de leur niveau actuel, sans devoir le répéter. Ils consolident ainsi ce qu’ils ont appris récemment. Les plus jeunes préfèrent parfois apprendre auprès des plus grands plutôt que de l’enseignant·e, mais ils peuvent aussi aider ces derniers, par exemple en les distrayant pendant qu’ils jouent un morceau ce qui permet aux plus grands d’entraîner leur capacité de concentration pour l’audition, et tout le monde s’amuse comme des fous ! Lorsque plusieurs enseignant·e·s travaillent en équipe, ils peuvent mettre à profit leurs atouts individuels pour des tâches spécifiques.
Combien de temps les élèves passent-ils à l’école de musique ?
Au sein du MDU, nous constatons régulièrement que nos élèves passent beaucoup plus de temps à l’école de musique. Dans un cadre horaire défini, ils suivent des cours individuels, s’entraînent seuls ou avec d’autres, transmettent aux plus jeunes ce qu’ils savent déjà et apprennent des plus grands. Les jeux musicaux et les cours de théorie ont également leur place dans ce programme.
Quels sont les tarifs pour ces cours plus longs ?
Dans un groupe fixe de quatre enfants, par exemple, chacun paie 30 minutes et tous peuvent rester deux heures. Mais on peut aussi accroître la flexibilité jusqu’à ce que les élèves puissent venir à l’école de musique tous les jours, disons entre 14 h 30 et 19 h, quand ils le souhaitent. Ceux qui paient 60 minutes peuvent venir tous les jours. Ceux qui paient 40 minutes peuvent venir deux jours au choix, et ceux qui paient 30 minutes peuvent venir un jour. Il y a bien sûr des heures de pointe où de nombreux enfants sont présents pour s’entraîner ensemble, jouer à des jeux et interpréter des morceaux. Beaucoup d’enfants apprécient l’interaction avec les autres et sont ainsi incroyablement motivés pour s’entraîner et jouer. Et s’ils sont bloqués à un moment donné, l’enseignant·e est là pour les aider. Les élèves plus calmes et ceux·celles qui sont particulièrement doué·e·s viennent aux heures creuses, cela se règle tout seul. Ils·elles remarquent rapidement que l’enseignant·e a alors beaucoup plus de temps à leur consacrer. À cet égard, ce système ne nécessite pas non plus de programme distinct de promotion des talents. Cela se fait tout naturellement.
Même si l’on travaille encore en groupes fixes, il est judicieux d’introduire des « semaines du chaos », ou du moins des « journées du chaos », pendant lesquelles les cours se déroulent selon ce modèle très flexible. Pour que cela fonctionne, une bonne communication avec les élèves et surtout avec les parents est essentielle. Avec des arguments bien préparés, nous parvenons généralement à convaincre presque tous les parents, que leur enfant essaie quelque chose de nouveau, par exemple pendant six semaines, lorsqu’ils se rendent compte que cela favorise davantage son épanouissement et qu’il peut bénéficier d’un temps d’apprentissage bien plus important pour le même prix. L’expérience montre qu’ils sont alors plus prêts à conduire leur enfant ou à le laisser se déplacer vers un lieu de cours un peu plus éloigné. L’enseignement décentralisé est en effet moins facile à mettre en place ici.

Sami Lörtscher et Sämi Seiler s’amusent beaucoup pendant leur cours de trompette selon la méthode MDU®
Photo : Gerhard Wolters
Tu donnes des séminaires et tu formes des enseignant·e·s certifié·e·s MDU. Ces enseignant·e·s parviennent-ils/elles à mettre en œuvre le principe de l’enseignement simultané, même si leur école de musique est située dans une région montagneuse où l’enseignement décentralisé est la norme ?
Oui, absolument ! Prenons l’exemple de Sami Lörtscher, qui enseigne la trompette avec enthousiasme selon la méthode MDU® à l’école de musique d’Interlaken Ost. Cette école de musique a pu aménager des locaux adaptés. Lors des « semaines du chaos », ce sont deux fillettes de 8 ans originaires de Grindelwald qui ont passé le plus de temps à l’école de musique. Trois jours par semaine, après l’école, elles prenaient le train pour Interlaken afin de se rendre à l’école de musique.
Ou encore Andreas Aeppli, professeur de batterie, qui a investi à Winterthour dans un local spécialement aménagé avec des cabines de répétition intégrées et y dispense ses cours de musique, pour ne citer que deux exemples.
Grazie mille per questa intervista!
Vous trouverez de plus amples informations et des vidéos sur : www.mdu.ch
Promotion des talents
Les quelque 2 % d’élèves des écoles de musique qui sont particulièrement doués ont besoin d’un accompagnement spécifique. Il existe aujourd’hui des programmes d’encouragement de talents bien établis, des « cartes de talent » et des subventions fédérales.
En 2017, deux collègues très engagées de l’école de musique Bantiger ont mis en place un programme de promotion des talents, et elles en ont tiré des observations qui peuvent intéresser toutes les personnes travaillant aujourd’hui dans ce domaine.
Je m’entretiens avec Valentina Zürcher, flûtiste, coach mentale et ancienne directrice d’école de musique, ainsi qu’avec la violoniste et compositrice Gabrielle Brunner, qui, en tant que professeure de violon, a préparé avec succès d’innombrables élèves à des concours et à l’entrée dans des hautes écoles de musique.
MW : Comment le projet de promotion des talents à été mis en place ?
Valentina Zürcher (VZ): En tant que directrice de l’école de musique de Wohlen (AG), je connaissais d’autres modèles cantonaux de promotion, et en tant que mère d’une fille qui se lancait dans le sport de haut niveau, j’ai pu constater comment la promotion y était organisée : les entraînements avaient lieu plusieurs fois par semaine, en équipe dès le début. Il existe un soutien varié et de nombreuses possibilités de participer à des manifestations régionales, cantonales et nationales, ainsi que de recevoir des retours.
C’est ainsi qu’est né mon souhait de mettre en place quelque chose de similaire à l’école de musique. J’ai demandé au sein du corps enseignant si quelqu’un souhaitait s’impliquer – et Gabrielle s’est immédiatement portée volontaire.
Gabrielle Brunner (GB) : J’avais depuis longtemps constaté que l’offre existante ne permettait pas de soutenir suffisamment les élèves doués et particulièrement motivés, c’est pourquoi je me suis engagée avec plaisir.
Comment avez-vous procédé ?
VZ : 24 participant∙e∙s (âgé∙e∙s de 7 à 15 ans) s’étaient inscrit∙e∙s à la séance d’ouverture. La première année, nous avons proposé cette activité gratuitement afin de discuter avec les élèves de leurs besoins et de déterminer quels horaires leur conviendraient le mieux. Ils/elles souhaitaient avant tout rencontrer des collègues partageant les mêmes centres d’intérêt, faire de la musique et donner des concerts. À partir de là, nous nous sommes réunis tous les quinze jours.
Est-ce que tous ont pu participer, ou avez-vous fait une sélection ?
GB : Tous et toutes! C’est toujours un miracle de voir comment les enfants s’épanouissent, tant sur le plan humain qu’artistique, quelle que soit la voie qu’ils empruntent ensuite. Même un enfant surdoué n’est pas obligé de devenir musicien professionnel ; il deviendra peut-être un excellent médecin, et sa formation musicale lui aura beaucoup apporté dans son développement personnel en tant qu’être humain pour l’aider à suivre cette voie.
En quoi consistait le programme ?
VZ : Les principaux volets du programme étaient les échanges en plénière, la musique de chambre et la corépétition. Au cours de discussions en plénière, les élèves ont appris à réfléchir de manière ciblée à ce qu’ils souhaitaient vivre sur le plan musical. Nous avons formé des groupes en conséquence, en mélangeant souvent des élèves d’âges différents.
GB : Et nous avons apporté des piles de partitions pour qu’ils puissent découvrir ce qui leur plaisait. Et bien sûr, plusieurs collègues nous ont également aidés en nous faisant part de leurs recommandations de répertoire.
Les autres professeur∙e∙s ont-ils/elles été impliqué∙e∙s d’une autre manière encore ?
VZ : Bien sûr, certain∙e∙s ont donné des cours ou étaient présents lors des séances de promotion des talents et des concerts.
GB : Le programme ne se limitait pas à la musique de chambre, aux auditions et aux discussions en pleinière ; il comprenait également le travail avec des accompagnateurs·trices, des séances de pratique guidées, des mini-masterclasses, des cours de théorie et d’histoire de la musique, de l’improvisation et des ateliers sur des thèmes spécifiques. Nous avons toujours invité des collègues à y participer.
Et cela, au moins au début, à titre bénévole ?
GB : Je ne considérais pas cela comme une activité bénévole, mais comme faisant partie intégrante de ma mission pédagogique, et avec le temps, nous avons reçu une rémunération partielle.
VZ : Oui, en grande partie. Mais cela en valait la peine à tous les égards.
Sur quels aspects vous êtes-vous concentrés dans ce travail, et que retenez-vous de cette période ?
VZ : Outre l’organisation dans son ensemble, je me suis concentré sur l’entraînement mental et la mise en place d’une culture du feedback. Il était fascinant d’observer comment les enfants et les adolescents assumaient de plus en plus la responsabilité de leurs propres processus d’apprentissage artistique. En tant que personne auditive, on s’intéresse à l’écoute intérieure et extérieure et on s’efforce de différencier les compétences cognitives, motrices et instrumentales, avec un dévouement constant. On apprend très tôt que cela donne lieu à de nouvelles questions et de nouveaux défis. Faire résonner la musique avec des personnes partageant les mêmes idées et explorer comment on pourrait encore la façonner ou la ressentir est incroyablement motivant.
GB : Lorsqu’un élève fait preuve de passion, je suis tenue de tout mettre en œuvre pour que son projet aboutisse. Je suis assez stricte et j’exige beaucoup de mes élèves, tant sur le plan sonore que technique et musical. Pour bien jouer de la musique, il faut mobiliser l’ensemble du corps, avoir la volonté d’exprimer quelque chose, faire preuve d’une grande présence dans l’instant et posséder des compétences techniques. Dans les cours, nous avons pu approfondir ces aspects et les mettre en pratique lors d’auditions. En collaborant avec les autres, ils/elles ont progressé dans leur capacité à réfléchir par eux-/elles-mêmes, à percevoir leurs émotions et à exprimer leurs sensations avec précision. Et les concerts que nous avons organisés les ont bien sûr motivés/es à s’entraîner beaucoup plus. « Put the music first », telle était notre devise.
Avez-vous expérimenté des méthodes ou des projets qui incitent les enfants et les adolescents à passer plus de temps à l’école de musique ou de la fréquenter plus souvent, et qui les motivent à s’exercer avec plaisir ? Si oui, j’aimerais beaucoup consacrer un article à ce sujet dans un prochain numéro. Écrivez-moi à l’adresse suivante : marianne.waelchli@smpv.ch.
