L’IA à l’école de musique ?
Si le concept de numérisation des écoles de musique a été lancé avant l’apparition de ChatGPT, la réflexion a été prolongée pour inclure les nouveaux outils de l’IA. Richard-Emmanuel Eastes, l’expert mandaté par l’ASEM pour participer à l’élaboration de ce dossier, fait le point sur leur utilisation possible.
Docteur en sciences de l’éducation et en philosophie, Richard-Emmanuel Eastes est médiateur scientifique, consultant, conférencier et responsable du développement et de l’innovation pédagogiques à la HES-SO, dont il est également membre du Groupe de pilotage IA.
Richard-Emmanuel Eastes, en quoi l’IA peut-elle être utile à une école de musique ?
Il faut distinguer les outils et les usages et, dans la démarche de l’ASEM, ce sont les usages qui nous intéressent. Nous les avons répartis en quatre catégories : l’administration, l’enseignement, la création musicale et la communication. Les chatbots (comme ChatGPT) sont très intéressants pour nous assister dans des tâches chronophages et peu gratifiantes : écrire du courrier, rédiger le PV d’une réunion, établir de petits rapports. L’IA permet par exemple de convertir des notes manuscrites, elle peut nous aider à structurer des documents, des programmes de cours, des emplois du temps. D’autres outils existent, qui génèrent des images d’illustration, voire des vidéos.
Pour la pratique musicale elle-même, il existe des outils spécialisés, notamment Metronaute, une sorte de karaoké augmenté (cf. article Focus page ???). D’autres outils d’aide à la création font gagner du temps en aidant à trouver des sons, des idées et, finalement, nous rendent plus créatifs. D’autres applications composent à notre place, ce qui peut effrayer certains musiciens. Mais on peut en faire des outils pédagogiques, par exemple en les utilisant pour identifier leurs faiblesses. Un dernier usage intéressant de l’IA est lié à l’inclusion, où elle peut nous aider à mieux enseigner à des élèves qui ont des besoins particuliers.
On pensait il y a une trentaine d’années que l’informatique allait nous faire gagner du temps. Aujourd’hui pourtant, les tâches administratives semblent nous accaparer de plus en plus. Est-ce que l’IA sera la solution ?
Il y a eu un effet rebond de la numérisation : elle nous a permis de mieux nous organiser et le temps gagné, nous l’avons mis dans la complexification des processus administratifs. Nous avons créé plus de règles, plus de procédures, qui nous ont fait passer du temps dans des tâches que nous ne faisions pas auparavant. On peut imaginer que l’IA fera certaines de ces tâches à notre place, mais je pense qu’il y aura un deuxième effet rebond. Tout va aller plus vite et on va attendre de nous aussi que nous fassions tout plus vite. Je ne prévois donc pas d’allègement des charges de travail grâce à l’IA, bien au contraire.
Mais notez toutefois que l’ASEM, association faîtière, n’oblige rien. A titre personnel, si vous considérez que votre cours de violon doit rester le dernier bastion sans numérique, ça ne me dérange pas du tout. Etant conscient de ses immenses enjeux politiques, sociétaux et environnementaux, je ne suis d’ailleurs pas un défenseur de l’IA à tout prix.
Le concept de numérisation de l’ASEM: pour en savoir plus, visitez le site.

