Projet scientifique: la prévention santé au bout des doigts des musicien·nes

Projet scientifique: la prévention santé au bout des doigts des musicien·nesDouleurs, tendinites, stress avant un concert ou un concours, nuits trop courtes : la pratique instrumentale intensive expose les musicien·nes à de nombreux risques pour leur santé, physique comme psychique. Le projet HarMoNie leur vient en aide.

Porté par la Haute École de Santé de Genève (HEdS) avec la Haute École de Musique de Genève (HEM-GE), au sein de la HES-SO, et coordonné par la professeure Anne-Violette Bruyneel, le projet HarMoNie a donné naissance à une ­application mobile de prévention et de prévention et de promotion de la santé qui offre des conseils concrets et spécifiques aux musicien-ne-s.

 

Anne-Violette Bruyneel, l’application adopte une approche holistique de la santé physique et mentale. Pourquoi est-ce important ?

Dans la littérature, les mesures de prévention proposent d’aborder soit la santé physique, soit la santé psychologique, chacune séparément. Or plusieurs spécialistes l’ont montré : ce qui marche le mieux, c’est d’avoir une vision globale de la santé. Notre approche combine tous les aspects – le niveau sonore, les douleurs, le stress, les liens sociaux, l’organisation du travail. Nous savons par exemple que les musicien-ne-s veulent toujours en faire plus pour devenir meilleur-es, même si ­cela fait mal, tandis que les sportifs, eux, ont une ­approche plus structurée alternant travail avec objectif bien défini, performances et pauses, parce que c’est nécessaire pour le corps. Un autre exemple : beaucoup de musicien-nes font peu d’activité physique, alors que ça les aiderait énormément à gérer le stress et les émotions.

 

Vous parlez de prévention, de « santé durable ». Serait-ce un changement de regard ?

Exactement. Il ne s’agit pas seulement d’agir une fois qu’un trouble est déjà avancé et perturbe la possibilité de jouer à haut niveau. Nous visons une santé durable, qui consiste à promouvoir une bonne santé tout au long de la vie malgré la pratique intense et surtout éviter que la douleur arrive. Les facteurs de risque pour les musicien-ne-s et les étudiant-e-s, nous les connaissons bien aujourd’hui. Tout l’enjeu, est d’essayer de faire basculer la culture d’une santé curative vers une santé préventive. C’est là que tout se joue.

 

Quel est l’intérêt de passer par une application ?

L’avantage principal, est de donner des conseils à la carte. Si un-e étudiant-e a un concours demain et que son problème du jour c’est le stress, il ouvre l’application, peu auto-évaluer son niveau de stress et choisir quelques exercices à faire en autonomie. Les musicien-ne-s se déplacent beaucoup, ils-elles sont rarement au même endroit : avoir en permanence un-e professionnel-le de santé expert-e sous la main, est compliqué. L’application HarMoNie permet d’avoir accès à tout moment à des conseils, tout est dans leur téléphone, y compris à l’étranger. Nous avons voulu cet outil simple, accessible et avec des propositions réalisables partout et sans matériel. Toutefois, si l’application peut faciliter la détection précoce de troubles, elle n’a aucune vocation thérapeutique. Dès lors, en présence de troubles les étudiant-es sont ré-orienté-es vers des professionnel-les de santé, ou vers l’espace santé ­HES-SO Genève qui se trouve à la HEM-GE.

 

Comment les étudiant-e-s et les professeur-e-s ont-ils réagi à l’application ?

De nombreux-euses professeur-e-s ont appris dans la douleur et le stress, et pensent qu’il faut en passer par là pour être performant-e : « c’est bien que tu sois stressé, comme ça tu es concentré », « si tu as mal, c’est que tu as bien travaillé » … Mais les mentalités changent – et surtout, la demande des étudiant-es a changé. Avant, c’était presque tabou de parler de problèmes de santé à son-sa professeur-e, c’était un peu le « no pain, no gain » qui prédomine. Aujourd’hui, les étudiant-es interpellent leurs enseignant-es : « je sens une tension quand je joue beaucoup, qu’est-ce que je fais ? » Les professeur-es sont donc content-es d’avoir une application avec des propositions concrètes. Nous allons dès septembre réaliser des séances d’informations et de communications pour que l’utilisation de l’application devienne régulière à la HEM-GE.

 

Période : 2024 – 2026

Institutions : Haute école de santé Genève (HEdS) et Haute école de musique de Genève (HEM), Anne-Violette Bruyneel (HEdS), coordination.

Collaborateurs et collaboratrices : Prof. Clara James (HEdS), Francois Tharin (HEdS), Julie Colas (HEdS), Béatrice Zawidnik (HEM), Nancy Rieben (HEM), Anne Nicole (HEM).

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